Urgences: au bord de la crise de nerfs
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Violence à L’Hôpital (16')
de Mathieu Sarfati et Jean-Pascal Bublex.

Alertés par des médecins urgentistes sur les difficultés croissantes auxquelles ils doivent faire face, nous avons demandé à plusieurs hôpitaux d’accepter la présence d’une caméra dans leur service pendant plusieurs semaines.
L’hôpital d’Avicenne à Bobigny en banlieue parisienne a bien voulu nous nous ouvrir les portes de son service au bord de la crise de nerfs.
Frédéric Adnet le chef de service de l’hôpital va très vite confirmer les difficultés des urgentistes. « Pas une journée ne se passe sans un incident », 3000 actes de violences recensés en un an. Il faut dire que l’hôpital est situé dans un environnement sensible comme on dit pudiquement aujourd’hui.
Pour le personnel soignant de l’hôpital Avicenne de Bobigny, la violence est quotidienne. Résultat : 30 % des médecins avouent être en situation de burn-out. Tous les hôpitaux de France sont confrontés à des problèmes de violence.
3 médecins urgentistes se sont suicidés dans l’Hexagone en une semaine au mois de juillet 2011…
A Avicenne, c’est 120 patients en moyenne par jour. Mais nombreux sont ceux qui arrivent ivres, et là encore difficile pour le personnel médical de travailler sereinement. Dès qu’un patient se montre violent l’interne fait appel au service de sécurité qui vient prêter main forte pour maîtriser les plus violents. Une procédure de contention très précise est appliquée, elle est affichée dans la salle, et sur une table des liens sont toujours prêts… Au moindre cri, c’est toute l’équipe qui arrive pour aider leurs collègues en difficulté.
La violence peut aussi venir des familles excédées par les attentes interminables, et s’en prend au personnel d’accueil. Une vitre a récemment été installée pour le protéger des agressions. Dans la salle de déchocage les pathologies très graves se succèdent, et comme souvent, la pénurie de personnel se fait sentir. L’accueil ne désemplit pas, et le personnel arrive à peine à faire face. Des malades dans une situation sociale précaire qui attendent la dernière minute pour venir aux urgences. Beaucoup n’ont tout simplement pas de papiers, mais ici ils sont pris en charge parfois même sous des faux noms, le personnel n’est pas dupe, et tous, sans exception, seront soignés.
Diffusé dans l’émission 66 minutes sur M6 le 6/5/212

Urgences : Chronique de violence quotidienne (52')
de Mathieu Sarfati et Jean-Pascal Bublex.

L’hôpital Avicenne abrite aussi le SAMU 93, lui aussi sous la responsabilité du professeur Adnet. Comme les autres médecins de son service il assure des gardes régulières, comme ce 14 juillet où nous le suivons sur un accident de la circulation. Heureusement les accidentés ne sont pas trop gravement blessés, mais l’atmosphère sur l’intervention est tendue, il faut tenir les curieux à distance. La police est là pour protéger le personnel médical au cas où. Mais rares sont les incidents car ils viennent avant tout sauver des vies. Les gardes de 24 heures sont fatigantes, l’astreinte plusieurs fois par semaine complique la vie familiale, nous explique Thibault. Benjamin et son équipe interviennent sur un arrêt cardiaque, pour Julie infirmière, c’est une première, elle s’accroche avec difficulté à l’arrière, l’ambulance fonce dans la circulation. A l’arrivée la situation est désespérée, une femme gît au milieu d’une mare de sang, les pompiers ont déjà commencé à pratiquer un massage cardiaque. La jeune infirmière en stage, perd un peu ses moyens, pendant que Benjamin tente un dernier massage. Après 45 minutes de tentatives désespérées, Benjamin doit annoncer le décès au mari qui attend dans la pièce à côté. Des moments compliqués à gérer très durs psychologiquement à la longue… Il aura deux arrêts cardiaques durant sa garde. Dans la salle de repos, internes, médecins, infirmières se restaurent quand ils le peuvent, l’endroit est plus propice aux confidences, même s’ils ont tous plus ou moins du mal à faire face à ces cas difficiles, ils sont non seulement contents d’être ici, mais ils sont tous très fiers d’exercer dans ce service. Une équipe multiethnique efficace pour prendre en charge les différentes nationalités des malades d’Avicenne. Ils n’iraient travailler ailleurs pour rien au monde. Grâce à eux, vaille que vaille, l’hôpital d’Avicenne tente de remplir sa mission de service public.

Diffusion dans l’émission enquête d’action sur W9 le 30/6/2012

Conditions de tournage / Making of...
L’hôpital de Bobigny est situé en plein milieu d’une cité, dite sensible… Le premier soir après avoir passé presque 24 heures à suivre une équipe de garde, notre véhicule garé à l’extérieur avait disparu… Les urgentistes se sont bien marrés le lendemain quand nous leur avons raconté notre mésaventure, un petit désagrément qui leur paraissait familier. Malgré cet environnement difficile tout le personnel était motivé, et de plus, fort sympathique. Une expérience unique, très enrichissante humainement. Nous avons constaté de nos yeux l’abnégation dont font preuve les urgentistes. Mais le climat de violence rôde dans les couloirs de l’hôpital, et Alban, un caméraman de notre équipe en a fait les frais. Il s’est fait agresser par un jeune homme énervé d’attendre, heureusement seule la caméra a été blessée… Consolation, le sujet a recueilli la deuxième meilleure audience de l’émission 66 minutes cette année. Preuve que ce sujet ne laisse pas insensible.

MS - JPB
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Commentaire / Question :
 
 
"Un métier de plus en plus difficile, mais une misère qui n'excuse pas tout. J'admire ces équipes d'urgences qui continuent de croire dans leurs missions. Chapeau."
Nevermind38

"Ce genre de reportage est-il regardé dans les cités ? J'en doute."
Naguer M.

"Tout est fait pour que les cliniques privées se développent sur les ruines du public. Il serait temps que les pouvoirs publics prennent une position claire sur l'avenir du "médical" en France. Un très bon reportage. Merci
E. Chorat

"Ne tirez pas sur l'ambulance, elle finira bien par se foutre en l'air toute seule !."
Nemetgatz Assur74