rwanda
  • Caractéristiques
  • Commentaires
  • Presse


Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

La machette et le goupillon
Dans ce documentaire nous révélons le rôle trouble de l’église dans l’une des pires tragédies du XXe siècle : le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Des dizaines d’ecclésiastiques ont participé d’une manière plus ou moins active aux crimes commis par les Hutus pour exterminer en seulement cent jours, 800 000 Tutsis. Quelques-uns sont derrière les barreaux, condamnés par la justice rwandaise ou par le tribunal international d’Arusha en Tanzanie. Mais nombreux sont ceux qui ont pu fuir et échapper à la justice.
Ils se sont réfugiés en Italie, en Belgique, mais aussi en France. Nous avons retrouvé, en France, trois de ces prêtres, condamnés par la justice rwandaise à la prison à perpétuité par contumace pour génocide. Wesceslas Munyeshyaka et Gabriel Maindron font la messe, baptisent, marient, et enseignent le catéchisme, et bénéficient de la bienveillance aveugle de leurs ouailles et du clergé. Martin Kabalira, lui, a remisé sa soutane. Il enseigne aujourd’hui l’informatique à des jeunes de banlieue. Il est très apprécié de ses collègues qui semblent tout ignorer de son passé.
Les charges qui pèsent sur ces prêtres sont-elles fondées ? Ont-ils bénéficié d’un réseau organisé par l’Église pour les aider à fuir, puis à échapper à la justice ? L’Eglise a-t-elle une responsabilité idéologique comme l’affirment certains journalistes et historiens ?

À Kigali, la capitale du Rwanda, l’église de la Sainte Famille, où officiait Wenceslas Munyeshyaka, attire toujours les fidèles. Nombreux sont ceux qui se souviennent de lui, leurs témoignages sont accablants… À Kigali, nous avons aussi consulté les archives des tribunaux. Au milieu de milliers de cartons empilés dans le quartier général de la police, nous avons retrouvé les actes de condamnations de nos trois prêtres réfugiés en France. À Arusha, en Tanzanie, nous avons été reçus par le procureur du Tribunal international. Il nous a montré le dossier de Wesceslas Munyeshyaka. Il est accusé par la justice internationale, de viol, assassinat et génocide.
À l’ouest du Rwanda, à la paroisse de Crête Congo Nil, on se souvient du père Maindron. Des témoins accusent le prêtre d’avoir été bien trop proche des extrémistes hutus, pour ignorer les crimes qu’ils ont perpétrés. Une rescapée l’accuse d’avoir conduit, avec sa voiture personnelle, des Tutsis au stade de la ville tout en sachant qu’ils allaient s’y faire découper à la machette. En France, aucune plainte n’a été déposée contre lui. Le père Maindron nie ces accusations et affirme au contraire avoir sauvé des Tutsis. Mais il refuse de s’expliquer devant notre caméra. Il nous renvoie à sa hiérarchie qui nous répondra : « il est encore trop tôt pour qu’un débat apaisé puisse avoir lieu sur ce sujet ». 20 ans après les faits…
Au sud Rwanda, à la prison de Butare croupissent 5000 génocidaires, tous condamnés à de très lourdes peines. Le directeur nous présente deux hommes condamnés à 19 et 25 ans de prison pour génocide. Ils affirment avoir tué des Tutsis en compagnie de Martin Kabalira et que c’est lui qui donnait les ordres. Martin Kabalira, lui non plus ne fait l’objet d’aucune poursuite en France. Quand nous l’avons retrouvé en banlieue parisienne, il ne semblait pas très content de nous voir, et pour cause, tout le monde avait perdu sa trace depuis 7 ans. Il n’a pas, lui non plus, souhaité répondre à nos questions…

Pour savoir si l’aide de l’église dans la fuite de ces prêtres était fondée, nous sommes allés en République démocratique du Congo. À Goma, tout près de la frontière rwandaise au bord du lac Kivu où Wesceslas Munyeshyaka s’est caché avant de s’envoler pour la France. Témoins à l’appui, c’est l’archevêché qui lui a fourni gîte et couvert, puis un billet d’avion pour la France. À Bukavu, à l’autre extrémité du lac Kivu, Martin Kabalira trouve refuge chez des prêtres italiens. En France, il va bénéficier de l’aide de l’archevêque de Toulouse qui lui confie une paroisse perdue des Pyrénées.
À Paris, les pères blancs finissent par nous avouer, en nous accusant d’avoir voulu les piéger, qu’ils ont bien accueilli Wesceslas Munyeshyaka et lui ont confié une paroisse discrète où se faire oublier. Le nouvel archevêque de Toulouse, lui, nie avoir été informé des accusations qui pèsent sur Martin Kabalira, et ne s’être fié qu‘aux recommandations de l’évêque du Rwanda…
Au Vatican, le Cardinal Joseph Tomko, en charge au Vatican du Rwanda à l’époque du génocide, nie toute responsabilité de l’Eglise dans le génocide. Cependant, il admet, du bout des lèvres, que l’église avait choisi le camp des Hutus et que certains prêtres « animés par la passion » (sic) aient pu commettre des actes condamnables.
À Lyon Christian Terras, journaliste de la revue catholique Gollias, nous confirme l’existence de ces réseaux. Comparables, selon lui, au « rat line » un réseau de l’église qui exfiltrait des nazis, après la Seconde Guerre mondiale. Christian Terras nous explique les enjeux qui ont conduit l’église à monter les deux ethnies l’une contre l’autre : garder sa main mise sur le pays. Il dénonce une théocratie complice du pouvoir des génocidaires. Il affirme que l’influence idéologique de l’église sur les bourreaux a débouché sur une Shoa africaine…

Alain Gauthié traque en France les génocidaires rwandais, grâce à son combat un génocidaire a été jugé et condamné en France. Il trouve incongru que des prêtres sur qui pèsent de tels soupçons puissent faire encore la messe… Il accuse l’église de fermer les yeux. Il espère bien retrouver, un jour, Wenceslas Munyeshyaka dans le box des accusés. Une soixantaine de prêtres soupçonnés de génocide échapperaient encore à la justice en Europe.
Diffusé sur France 3 en avril 2014.

Conditions de tournage / Making of...
Réaliser ce documentaire a d’abord été un Challenge : 14 semaines entre la signature et la livraison du PAD… Un défi aussi : s’attaquer à une institution aussi puissante que l’église n’est pas sans risque… Une satisfaction enfin : faire la lumière sur des faits que l’église et la justice tentent de maintenir dans l’ombre… Beaucoup de pression, tout au long de ce documentaire. Intimidations téléphoniques, mises en demeures avec accusés de réception…
Beaucoup de responsabilités aussi, il faut respecter la présomption d’innocence… Même quand les faits sont accablants… Il semble que la justice traîne les pieds dans ces affaires, notre rôle n’est-il pas de le dénoncer ? Peut-on confier le sacré à des hommes soupçonnés de tels crimes ? Ce sera pour nous, sans nul doute, une de nos plus belles aventures.
Traverser le lac Kivu sur une coque de noix, affronter le regard de 5000 génocidaires dans la prison de Butaré, supporter le « free massage » des secousses provoquées par les pistes congolaises… Mais quel plaisir le soir de contempler les volcans dans la brume au couché du soleil en sirotant une bière Tembo congolaise…

JPB - MS
N'hésitez à laisser vos commentaires.

 
Pseudo :
 
Commentaire / Question :
 
 
"Bien des mystères encore. "
Samirot